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Brentford FC : Comme une lune de miel

par | Avr 13, 2021 | 0 commentaires

Brentford. Il fut un temps où l’on se promenait dans cette ville moyenne du sud-ouest de Londres, pour y visiter son plus bel édifice, Griffin Park. Symbole d’un club et de tout un peuple, le stade aux quatre pubs situés à chaque corner respirait le romantisme du football anglais. “Respirait”, oui, car depuis 2012, Brentford change peu à peu d’envergure avec le rachat du club par Matthew Benham, lui-même supporter, et la création d’un nouveau stade. Si ce dernier n’est pas réellement au goût des plus grands amoureux du club, il témoigne d’une ambition féroce, de la part de ses dirigeants, de devenir un club à part en Angleterre. Grands copains du FC Midtjylland (voir “Un autre football”), les Bees (littéralement les “abeilles”) tentent de surpasser la concurrence en menant l’un des plus beaux projets du football moderne, grâce à sa politique unique de recrutement. 

“Une abeille vaut mieux que mille mouches”

Au sein d’un football anglais qui semble, parfois, peu enclin à l’innovation, Matthew Benham semble vouloir faire de son Brentford Football Club, une exception. 

“We have to outthink our opponents, and not outspend them”. Si nous devions résumer les ambitions de l’entrepreneur anglais, et de ses fidèles acolytes Rasmus Ankersen et Phil Giles, voici ce qu’il en serait. Le slogan est nécessairement laissé en anglais, car les mots ne sont que plus justes. Seulement, pour les non-anglophones, il faut y voir là une volonté d’être plus malin, de penser différemment de ses concurrents pour chercher à les surpasser, avec ses propres moyens. Une des méthodes pour cela, et ceux qui sont aussi à la tête du club danois du FC Midtjylland semblent avoir bien intériorisé, est d’innover, et donc de prendre des risques. Sam Saunders, entraîneur assistant de l’équipe B et ancien joueur du club le résume parfaitement : “Nous aimons faire les choses différemment, nous n’avons pas peur de repousser les limites, parfois ça marche, parfois ça ne marche pas, mais nous savons que si nous prenons quelques risques en cours… ouais…”, et bien que cette phrase n’ait pas de réelle conclusion, on en comprend tout de même la signification.

Brentford FC - the club thinking outside the box
Rasmus Ankersen et Phil Giles, co-directeurs du club

Si la comparaison n’est pas des plus justes (et pour faire court, car déjà développée dans mon article sur le FC Midtjylland), les processus utilisés à Brentford pourraient facilement s’amalgamer à ceux du Moneyball et du grand Billy Beane. Les approches globales sont similaires, les méthodes pour les mettre en exécution, un peu moins. L’utilisation des datas est une des pierres angulaires du projet du club anglais, comme c’était le cas des Athletics d’Oakland, franchise de baseball coaché par l’entraîneur américain, avec la volonté de se servir de ces premières pour recruter des joueurs sous-évalués, leur donner les moyens de se développer, en faire bénéficier l’équipe première et générer un retour sur investissement derrière. Mais, entendez-bien que le club du sud-ouest de Londres n’a à peu près que cela de commun avec les méthodes merveilleusement mises en lumière par Brad Pitt, dans le film du même nom, Moneyball. Benham revendique une approche bien plus humaine, où la science n’est qu’un moyen pour servir les intérêts sportifs d’un club, et aussi et surtout, pour mettre en place une des stratégies de recrutement et de développement des joueurs les plus élaborées du monde. Et oui, tout cela se passe en Championship, la seconde division anglaise. 

Penser global

Le discours est clair, et nous l’avons déjà dit précédemment, la stratégie de recrutement a pour objectif de trouver des joueurs sous-évalués, les développer et en faire fructifier le club sur les plans sportif et financier. Jusqu’ici rien de révolutionnaire, car c’est le pain quotidien de la plupart des “clubs-entreprises” du football moderne. De plus, Brentford n’a que peu de moyens, et ce, même par rapport à ses concurrents du Championship, et se doit donc de pousser les recherches encore plus loin pour trouver des joueurs avec un potentiel retour sur investissement (ROI) à terme, sur des marchés peu concurrentiels. Rasmus Ankersen, codirecteur du football du club, le confirmait et rappelait d’ailleurs au micro de Sky Sports que “Brentford serait toujours un club vendeur”. C’est donc là que la mission se complique pour la cellule de recrutement des Bees, car cette stratégie nécessite de limiter au maximum les erreurs de recrutement. 

Toujours très juste dans ses propos, Rasmus Ankersen est convaincu que “la plupart des entreprises consacrent 25% de leur temps à recruter, et 75% à gérer leurs erreurs de recrutement”, et ce, sûrement à cause d’une mauvaise planification, d’une stratégie peu ou pas claire et d’un manque évident de concertation entre l’ensemble des parties prenantes. A Brentford, au contraire, tout est clair. La structure et les processus sont parfaitement identifiés et mis en place, avec l’implication de tous dans le but de prendre la meilleure décision finale : “Ce n’est pas l’entraîneur qui signe le joueur, ou le propriétaire du club, c’est tout le monde”. Et justement, le club est doté d’une cellule de recrutement d’une qualité rare et d’outils uniques. 

Depuis avril 2019, cette dernière est dirigée par Lee Dykes, ancien directeur sportif du Bury Football Club, désormais en dixième division anglaise. Le choix peut paraître surprenant dit comme ça, mais rassurez-vous, un an après être arrivé à Londres, le jeune anglais a déjà été approché par Red Bull et Leipzig pour prendre les commandes de la cellule sportive, après le départ de Paul Mitchell pour Monaco. Pour en revenir à Brentford, Lee Dykes occupe donc le poste de directeur du recrutement pour le club anglais, et petite spécificité, aussi pour le FC Midtjylland, fort d’une réelle proximité entre les deux clubs. Mais là encore, Matthew Benham et ses compères aiment faire les choses différemment, et voient en cette association une jolie opportunité, plus qu’une contrainte, avec la possibilité de combiner les ressources humaines et scientifiques des deux clubs pour faciliter le travail de recrutement. 

Le laboratoire 

Objectiver la prise de décision, telle est la ligne directrice des abeilles londoniennes et de sa cellule de recrutement. Pour Lee Dykes : “Il y a toujours eu cette idée pré-faite de “l’expert” qui peut flairer le talent d’un joueur. Il y a, sans aucun doute, de très bons recruteurs, très pertinents, et nous les utilisons. Mais il existe aussi des méthodes objectives qui sont très précieuses, encore plus si vous savez comment les utiliser correctement”. Et justement, ces méthodes objectives, nous les retrouvons tout au long du processus de recrutement du club londonien. Travaillant de très près avec SmartOdds (société créée par Matthew Benham), Opta ou encore InStat Scout, une quantité innombrable (mais qualitative) de données sur différents types de joueurs arrive quotidiennement sur les ordinateurs des recruteurs et analystes du club. Si ce dernier est nécessairement discret sur l’utilisation d’outils comme SmartOdds, on ne peut négliger son importance sur la réussite actuelle de ce premier. Extrait de mon article sur Midtjylland. 

“Cependant, le “gros” du travail est bien réalisé par la société de Benham, SmartOdds, travaillant avec Opta, qui regroupe 60 championnats et qui délivre des données sur chaque joueur, avec une adaptation des statistiques en fonction de son poste, du style de jeu de l’équipe et aussi du championnat. En clair, un outil extrêmement complet, qui permet de faciliter le premier travail de recherche, à condition que l’interprétation des datas soit bien faite, et qu’elles soient renouvelées, actualisées pour continuer à être pertinentes. Par exemple, le staff du FC Midtjylland évalue un attaquant à travers ces statistiques : xG, buts/90min, taux de conversion de but, duels aériens remportés…”

Cependant, pour tendre vers l’objectivité suprême, il faut des personnes qualifiées pour pouvoir utiliser ses statistiques et les interpréter. “Les statistiques ne vous disent pas qui choisir, mais peuvent vous dire où chercher”. Et justement, à la recherche d’inefficiences de marché, les modèles créés par SmartOdds ont mis en lumière des championnats sous-évalués, sur lesquels la plupart des clubs ne jetait même pas un œil, comme la Ligue 2, les championnats nordiques ou bien encore la Bundesliga 2. Ainsi, pour analyser toutes ces données, la cellule de recrutement est composée de profils divers et variés, mais toujours très qualifiés : d’anciens managers/éducateurs qui travaillent à plein temps pour le recrutement, des analystes data mais aussi des jeunes “talents” du recrutement. Parmi cette dernière catégorie, on peut notamment retrouver Chris Bradley (Head of Technical Scouting) qui travaille sur toute l’Europe, Allisdair Jenkins (Data Recruitment Scout) qui travaille essentiellement sur la non-league football (à partir de la 5ème division anglaise) ou encore le désormais néo-responsable du recrutement du Téfécé, Brendan MacFarlane, spécialiste des championnats français. 

Structuration et mise en exécution 

Si les ressources humaines sont de qualité, sont mises en valeur et que les outils mis à leur disposition sont aussi bien utilisés, c’est aussi et surtout parce que la politique du club est claire en matière de recrutement, et que les besoins sont définis, au préalable, avec la concertation de l’ensemble des parties prenantes : direction du recrutement (Lee Dykes), manager (Thomas Frank), direction sportive (Rasmus Ankersen & Phil Giles), propriétaire (Matthew Benham), etc. Cette politique est marquée par une double volonté sur les profils de joueurs recherchés : 

  1. Des footballeurs capables d’évoluer selon le style de jeu et philosophie du club, sur fond de pressing intensif et de jeu protagoniste et offensif.
  2. Des hommes aux tempéraments professionnels, respectueux et ambitieux. 
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La BWM, symbole de la réussite d’un club

Pour le premier point, la méthodologie est bien précise et un travail conséquent a été réalisé sur la “spécification” des postes. Lee Dykes le précisait d’ailleurs sur le site officiel du club : “Nous faisons cela très bien au club, nous considérons chaque position sur le terrain différemment, nous attribuons un rôle spécifique pour chaque poste avec une philosophie globale”. Pour le directeur du recrutement de Brentford, il existe 16 postes sur le terrain, sur lesquels il faut focaliser les recherches, et ce, malgré l’évolution des systèmes. Ces 16 postes ayant été définis au préalable, par l’ensemble des parties prenantes du club et en fonction du projet de jeu défini. Partant de ce constat, avant chaque période de transfert, la cellule de recrutement travaille intensément pour avoir au moins trois noms pour chacun des ces postes, avant chaque période de transfert. 

Et voilà, encore une chose que Brentford fait différemment. Travailler en avance, pour être prêt le jour J, en voilà une bonne idée. “Pour une cellule de recrutement, il vous faut être proactif, car plus tôt vous aurez identifié vos cibles et établi les premiers contacts, et plus vous serez en avance sur votre concurrent pour signer ce joueur”, selon Lee Dykes. Ici, rien de révolutionnaire, c’est même plutôt logique, mais dans un milieu footballistique où l’on aime à se faire peur et où l’on voue un véritable amour pour les panic buys, il faut avouer que cela nous change un peu. Brendan MacFarlane, ancien responsable recrutement France, dans une interview pour Get French Football News, évoquait très clairement cette méthode proactive à travers ses missions. Premièrement, et ce, tout au long de l’année, son rôle était d’identifier des joueurs talentueux au sein de l’ensemble des divisions françaises, à travers des vidéos durant la semaine et en allant voir des matchs durant le week-end. Dans un second temps, lui était confiée la mission de nouer et de développer les premiers contacts entre les clubs, les agents et lui-même (donc Brentford). Enfin, il devait assurer une veille informationnelle continue pour être toujours au point sur l’actualité footballistique française. En somme, des missions claires, réfléchies et avec une réelle volonté de responsabiliser le recruteur, l’analyste. Et c’est justement ce sur quoi Brentford est différent : écouter et faire confiance à sa cellule de recrutement pour mener à bien sa stratégie sportive. Et cela, peu de clubs le font… 

Sur le second point, Brentford est, là aussi, particulièrement exigeant. Même en cherchant à être le plus objectif possible dans sa façon de recruter, un facteur reste particulièrement difficile à évaluer pour déterminer la potentielle réussite du joueur : l’humain. “Nous faisons énormément de recherches sur les joueurs” explique Ankersen. “Nous échangeons évidemment avec eux avant de les signer, mais nous prenons aussi énormément d’informations “confidentielles”, parce que c’est bien plus efficace et cela nous en dit beaucoup plus sur la personnalité du joueur”. Et ces informations confidentielles, les recruteurs vont les piocher auprès des anciens entraîneurs, éducateurs ou bien même des coéquipiers du joueur en question. L’objectif est de tout savoir, tout connaître de leurs vies. Et Brentford va parfois encore plus loin, avec des sources plutôt originales, comme décrit dans mon article sur le FC Midtjylland. Extrait. 

“Chaque potentielle recrue est “passée au peigne fin” puisque selon Hallengreen, il est très complexe de connaître le tempérament, la mentalité d’un joueur (qui va conditionner son niveau d’implication, d’intégration et de réussite sur et en dehors du terrain). De fait, le club fait un grand travail de recherches, à base d’entretiens téléphoniques avec d’anciens coachs, d’anciens coéquipiers ou bien même sur les forums des clubs. Le procédé peut sembler étrange, mais quand on y pense, et qu’on écoute la justification de R. Ankersen, on peut le comprendre : “Si 1000 fans ont vu un joueur jouer 50 fois et qu’il y a une cohérence, une représentativité dans ce qu’ils disent, c’est que c’est probablement vrai”

Cette dernière méthode est originale, en effet, mais c’est aussi et surtout une preuve, qu’à Brentford, rien n’est laissé au hasard et que l’on fait le maximum pour garantir les chances de réussite d’une recrue au sein du club (et on le verra encore mieux par la suite). Pour résumer, voici les mots de Rasmus Ankersen : “Brentford, c’est l’unité, et non les égos, et nous ne voulons personne qui puisse ruiner cela”. Et cela s’applique non seulement aux joueurs, mais aussi à tous les collaborateurs du club, car c’est la garantie pour évoluer dans un environnement de développement humain et professionnel sain.

Et concrètement ? 

On l’a dit, l’objectif de Brentford est de trouver des “inefficiences” de marché. Le terme appartient au domaine financier, mais il est tout de même facilement transposable et compréhensible pour le monde footballistique. Pour faire simple, il faut être là où les autres ne sont pas. A la recherche de jeunes joueurs, la plupart du temps entre 16 et 24 ans, la cellule de recrutement évolue donc sur des marchés peu fréquentés, dont voici quelques exemples : 

  • Incorporer des joueurs étrangers via les championnats nordiques (Danemark, Islande, Finlande…) et les championnats secondaires des grandes nations européennes (Bundesliga 2, Ligue 2…) 
  • Aller piocher au sein des centres de formation des clubs de Premier League et tenter de relancer de jeunes talents non-conservés au sein d’un environnement plus sain et moins concurrentiel. 
  • Prospecter en Sky Bet League 1, Sky Bet League 2 ou même encore dans les plus basses divisions anglaises.

A travers ces stratégies, on peut donc remarquer que l’accent est nettement mis sur des joueurs à potentiel, capables d’évoluer sur le long-terme avec le club. Et il est important d’insister sur la notion de “long-terme”, car ce qui fait la spécificité du club (et oui, encore une), c’est que la cellule de recrutement cherche avant tout à recruter pour l’équipe B, une sorte d’antichambre du groupe professionnel (on y reviendra plus en détail), qui permet aux jeunes joueurs de se développer progressivement, dans le but d’atteindre l’équipe professionnelle en 2-3 ans. Et il faut avouer que la méthode peut paraître surprenante, mais elle est payante. L’exemple de Chris Mepham le confirme, arrivé du centre de formation de Chelsea en 2012, il évolue pendant quelques mois avec l’équipe B avant d’être définitivement intégré à l’équipe professionnelle. Il joue l’équivalent d’une saison pleine en Championship, en étant particulièrement performant sur le terrain, et est revendu au cours du mois de janvier 2019 à Bournemouth, alors en Premier League, pour 13,6 millions d’euros.

Et cette méthode est payante, comme la plupart de celles usitées au sein du club, car elle est réfléchie et contextualisée par rapport aux ressources et capacités de ce dernier. Rasmus Ankersen donnait cette remarque très pertinente au micro de Sky Sports et qui confirme leur ambition de chercher à être plus intelligent que les autres :  “Nous voulons faire de ces grands clubs (comme Chelsea dans le cas de Mepham) nos amis, et non pas nos ennemis”. 

Et justement, pour mettre en exergue leurs méthodes, quoi de mieux que de présenter quelques cas spécifiques de recrutement. 

Prenons celui de Vitaly Janelt, recruté cet été pour 600K€ de Bochum, club de Bundesliga 2. Joueur fortement méconnu, et évoluant dans un championnat nettement sous-évalué (selon le club), le jeune milieu de terrain de 22 ans a été recruté de façon très minutieuse. Performant en équipes nationales de jeunes et fort de ses premières apparitions en championnat, Brentford et ses recruteurs ont pris le temps de l’observer et de le voir se développer patiemment sur les plans sportif et humain. Une longue période d’observation, nécessaire, qui a permis de conforter le choix de le regarder de plus près, puisque collant parfaitement aux attentes du poste et à la philosophie du club. Titulaire pour sa première saison, notamment du fait de la blessure de Christian Nörgaard, Janelt et Brentford ont surpris tout leur monde, et même les gens de Bochum.

Second cas, celui d’Ivan Toney. Meilleur buteur du club pour sa première saison avec 29 buts en 39 matchs t.c.c (toutes compétitions confondues)., le cas du jeune attaquant anglo-jamaïcain est, lui, un peu différent de son coéquipier allemand. Déjà sorti d’une grosse saison avec Peterborough, en troisième division anglaise, la part de risque n’était pas aussi importante. Mais avant cela, et Lee Dykes le suivait déjà à cette époque-là, Toney était loin d’être en mesure de réussir au haut niveau, après avoir été formé à Newcastle et enchaîné les prêts au sein d’équipes anglaises de basses divisions, sans grande réussite. Mais conscient de ses capacités, les recruteurs ont pris le temps de le voir se développer, en collectant un maximum de datas, de vidéos et d’informations à son sujet, avant de décider de passer à l’action en janvier 2020, où l’accord ne put être trouvé, puis de réessayer au cours de l’été et de parvenir à un accord à hauteur de 5,6 millions d’euros (autour des 10 millions avec bonus). Symbole de continuité. Et comme un heureux hasard (spoil : ça n’en est pas un), il est venu remplacer de manière extraordinaire Ollie Watkins, parti de Brentford au cours de l’été 2020, à Aston Villa pour 30 millions d’euros et est désormais international anglais. 

Ivan Toney - Profil du joueur 20/21 | Transfermarkt
Ivan Toney et Vitaly Janelt (au second plan), les deux produits phares du mercato 20/21

Dernier cas, celui d’un ancien joueur de Ligue 2, qu’il n’est pas possible de ne pas apprécier : Saïd Benrahma. Cet exemple permet surtout de mettre en valeur l’analyse statistique faite sur le fantasque ailier algérien. Il signe en juillet 2018 pour 1,5 millions d’euros, après une saison en prêt du côté de Châteauroux, ponctuée de 9 buts et 4 passes décisives en 31 matchs. Ici, ce qui est important à retenir, c’est la mise en contexte réalisée par le club pour essayer de comprendre pourquoi un potentiel n’a justement pas réussi à atteindre ce potentiel. Au niveau de ses statistiques, il était évident que Benrahma manquait d’efficacité (et peut-être aussi de confiance) : 7,32 xG, soit un écart relativement faible avec les buts réels, donc plutôt positif, mais surtout plus de 95 tirs tentés et seulement 25% de ses tirs cadrés finissant en but. Donc, des chiffres nettement inférieurs (pour les deux derniers) à des joueurs de Ligue 2 classés dans les mêmes catégories. Seulement, le club connaît ses forces et sait qu’en raison de toutes ses qualités, il parviendra à s’imposer dans le Sud de l’Angleterre. Et surtout, le club sait qu’il parviendra à surmonter ses défauts, car un focus important est placé sur ces derniers au sein du club, avec l’utilisation de moyens spécifiques sur certaines phases de jeu, et, dans ce cas précis, un spécialiste des tirs. Résultat, en deux saisons pleines en Angleterre, il inscrira 28 buts et 27 passes décisives t.c.c. 

Une réussite économique 

Et pour cela, pas nécessaire de commenter, les graphiques parlent d’eux-mêmes. 

Un des meilleurs centres de développement au monde

Au sein d’une capitale londonienne surchargée par pas moins de treize clubs de football, il est relativement difficile de se trouver une place, surtout pour jouir d’une réelle image de club “formateur”, à côté de grands clubs comme ceux de Chelsea ou Arsenal, très reconnus chez les jeunes joueurs. Seulement, aujourd’hui, Brentford est en train de se créer une véritable réputation, et le monde du football commence à comprendre doucement qu’il n’existe peut-être pas meilleur environnement pour développer un talent. Et cette reconnaissance part finalement d’un constat relativement simple de Rasmus Ankersen, mais encore trop peu appliqué dans la plupart des clubs : “Le recrutement n’est que le début du processus de formation d’un joueur”. 

“Tout le monde doit donner le maximum de soi pour continuer à construire un joueur au cours des une, deux ou même trois prochaines années. Une fois que nous avons signé un joueur, il y a déjà un plan de développement qui a été construit pour lui, avec la participation de l’ensemble des départements du club”. Voici donc la philosophie d’une organisation qui ne laisse rien au hasard, et qui se donne le temps mais aussi les moyens pour tenter de garantir la future réussite d’une recrue. En clair, l’objectif est de développer un environnement professionnalisant, exigeant mais sain. Et pour cela, la direction mise sur deux éléments clés, qui vont de pair et qui permettent de créer une réelle dynamique de développement individuel et collectif : 

  • Assurer le bien-être de ses salariés et développer un état d’esprit pour mener à bien la réussite des projets du club 
  • Responsabiliser l’ensemble des membres du staff dans les processus d’évolution et de progression des joueurs

De plus, il faut réussir à éduquer les joueurs, et notamment en dehors du terrain. Point souvent négligé, mais déterminant pour une carrière professionnelle, Brentford met le  paquet avec l’utilisation de sleep coaches, de nutritionnistes, de psychologues et d’encore bien d’autres spécialistes. “Lorsque nous recrutons un joueur, nous prenons soin de lui, et nous le faisons croître aussi vite que possible”, soulignait Rasmus Ankersen. 

Avec tout ce travail, nécessairement, la transition se fait plus simplement pour les joueurs, qui viennent généralement d’univers différents (centres de formation, pays étrangers… ) et même parfois de niveaux où le professionnalisme n’est pas de rigueur, tel est le cas des Ollie Watkins (Exeter City) ou Andre Gray (Luton Town). Et si parfois, cette transition se fait de manière plutôt aisée et permet à certains d’intégrer directement le groupe professionnel, certains autres doivent passer quelques mois dans l’antichambre, un concept presque unique au monde : une équipe B. 

The Pathway

Ian Carlo Poveda. Ce nom vous dit peut-être quelque chose, car actuel joueur de Leeds United, avec une dizaine d’apparitions en Premier League, et doté d’une grande qualité technique (pas de quoi faire peur à Raphinha pour autant, au passage). A Brentford aussi on le connaît bien, puisqu’il est passé par le centre de formation du club au cours de la saison 2015/2016. S’il n’est pas le grand responsable du changement de stratégie globale du club, effectué par Matthew Benham et son équipe, il en est un sûrement un élément déclencheur. En effet, après avoir énormément misé sur son potentiel, le staff de Brentford a été contraint de laisser partir le jeune talent de 15 ans pour 30 000£ à Manchester City.

Symbole d’un réel manque de retour sur investissement, et aussi en raison d’une forte concurrence au sein de la capitale londonienne sur le recrutement des jeunes talents, la direction des Bees prend une décision pour le moins originale et inédite : supprimer son centre de formation. Pour y pallier, Matthew Benham confie alors à Robert Rowan, ancien directeur sportif du club qui décèdera à l’âge de 28 ans, la tâche de créer un projet autour d’une équipe B. L’objectif de cette dernière, depuis l’année 2016, est parfaitement résumé par Thomas Frank, manager de l’équipe première : “Nous voulons former une équipe de jeunes joueurs entre 16 et 20 ans, avec beaucoup de potentiel, et qui est alignée à 100% dans le style de jeu de l’équipe, la culture du club, les exercices d’entraînement, etc. afin qu’il soit plus simple pour ces joueurs de monter en équipe première”. 

La stratégie de recrutement, longuement évoquée au cours de l’article, est donc aussi fortement marquée par la volonté de piocher des éléments intéressants à développer au sein de cette équipe B. Si, par le passé, l’objectif était de prioriser le recrutement pour cette équipe, l’évolution des ambitions du club avec la ferme volonté de monter rapidement en Premier League, rabat quelque peu les cartes. Cependant, on peut constater une réelle continuité dans le choix des profils de recrutement, et la composition actuelle de l’équipe B ne fait que le confirmer. 

Seulement, petite particularité, cette décision ne respectant pas réellement les protocoles classiques, l’équipe B n’est inscrite au sein d’aucun championnat et ne joue donc que des matchs amicaux. Si l’on peut se poser des questions sur l’impact du manque de compétitions officielles et de challenges pour les joueurs, cela permet tout de même de rencontrer des équipes qui peuvent venir d’un peu partout en Europe, et qui permet donc d’évoluer face à des adversaires très variés sur les plans technico-tactiques et physiques. Pour Neil McFarlane, coach de l’équipe B, voir évoluer ses joueurs dans des contextes différents et face à des adversaires généralement plus âgés, est particulièrement pertinent pour observer leur évolution. Et il faut dire que la décision de départ et la structuration faite du projet portent plutôt ses fruits et c’est Rasmus Ankersen qui le rappelle : “Lorsque nous avons décidé de créer l’équipe B, je ne pense pas que nous ayons eu un seul débutant de l’académie au cours des cinq années précédentes. Depuis que nous avons pris cette décision et introduit ce concept, nous en avons plus de 15…”. Voilà donc de quoi remettre en question le modèle des centres de formation dans certains contextes… 

La Premier League comme point d’orgue ? 

Continuer à innover et à surprendre par ses méthodes originales au sein d’un des meilleurs championnats du globe, en voilà une belle mission pour le club de Brentford et sa direction footballistique. Passés tout près de l’accession en PL l’année passée, mais éliminés en finale de barrages par Fulham, les Bees, actuels troisièmes de Championship, rêvent de donner cette chance à cette méthode différenciante et réfléchie, mais aussi à toute une ville, qui n’a plu vu son club évoluer en Première Division depuis 1939. Seulement, une menace plane au-dessus du Brentford Community Stadium : le Brexit. Un contexte politique qui handicape nettement la stratégie de recrutement du club, mais sur ce point, on compte évidemment sur Benham, Ankersen et leurs copains pour innover. Et, au vu de ce qu’on a dit au cours de cet article, il n’y a pas réellement de place au doute. 

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