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“Everyone has the right to dream”

par | Mai 18, 2020 | 0 commentaires

Le football est universel. Chaque jour, sur chaque continent du monde entier, des millions de jeunes enfants pratiquent un sport qui n’a pas vraiment d’égal. Facile à comprendre, à pratiquer et réel vecteur de lien social, le football est le sport le plus populaire du monde et les enfants rêvent d’y jouer au plus haut niveau. Seulement, intégrer ce dernier est difficile et particulièrement exigeant, et même dangereux s’il n’existe pas de portes de sortie. Pour former les jeunes joueurs à devenir de futurs footballeurs professionnels, le football est pensé et repensé par les clubs du monde entier. Du côté de Farum, à une vingtaine de kilomètres de Copenhague, le club du FC Nordsjælland fait les choses différemment. L’objectif, ici, est de développer le footballeur en tant qu’être humain, développer sa mentalité et sa vision du monde pour l’aider à accomplir son rêve. Une académie reconnue, l’effectif le plus jeune d’Europe et des valeurs fortes et uniques dans le football, le FC Nordsjælland pourrait bien en inspirer plus d’un.

Du Ghana au Danemark

Tom Vernon. S’il y a bien un nom à retenir derrière ce projet, c’est bien celui-ci. Ancien recruteur en Afrique de l’Ouest pour Manchester United, Tom Vernon est, depuis fin 2015, le président du FC Nordsjælland, actuel cinquième de la 3F Superliga (Première Division danoise). Partisan du “football fait et pensé de la bonne manière”, amoureux de football et de l’Afrique, l’achat du club danois par l’investisseur britannique n’est pas fait au hasard. En effet, Tom Vernon est aussi le fondateur de la Right To Dream Academy (RTDA), située au Ghana et considérée comme une des meilleures écoles de football d’Afrique.

Interview withTom Vernon: A Radical Approach to Running a 21st ...
Tom Vernon, l’homme clé du club

L’académie se développe fortement au cours des années 2010 mais peine à voir ses joueurs réussir au plus haut niveau. Pendant cette période, un partenariat avec Manchester City est mis en place, pour permettre au club anglais d’acheter les meilleurs éléments de l’académie à des prix réduits. Seulement, la collaboration ne se passe pas réellement comme prévue. Les expériences des joueurs, comme celle de Bismark Adjei-Boateng (actuellement à Strømsgodset en D1 norvégienne), sont des échecs. Souvent prêtés très tôt, et peinant à s’intégrer dans un environnement particulièrement exigeant et concurrentiel, la grande majorité des joueurs de la RTDA ne réussissent pas Outre-Manche.

L’achat du FC Nordsjælland sonne alors comme une évidence pour Tom Vernon. Grandement reconnu pour la qualité de sa formation et la mise en avant de ses talents, une affiliation RTDA-Nordsjælland semble être la meilleure solution pour garantir la réussite d’un projet commencé depuis 1999. Cette affiliation a donc une réelle visée d’intégration des jeunes Africains de l’Ouest en Europe, avec pour objectif d’améliorer les performances du club danois mais aussi et surtout de “servir” de passerelle pour permettre aux produits de l’académie RTDA d’accéder au plus haut niveau. C’est donc une manière de développer le projet, mais aussi et surtout de le crédibiliser. Aujourd’hui, le lien entre les deux entités est particulièrement fort (en témoigne le nouveau nom du stade de Nordsjælland : le Right To Dream Park), les échanges et les projets communs sont nombreux et elles partagent une même mission et les mêmes valeurs.

La Right To Dream Academy

Aujourd’hui, et ce, depuis fin 2015, la Right To Dream Academy est le symbole de la progression tant footballistique, qu’humaine du FC Nordsjælland. Tom Vernon avait déjà commencé à révolutionner le football en Afrique, mais en s’installant en Europe, il commence à donner une autre portée à son projet, celui de développer le jeune footballeur autrement et l’aider à accomplir son rêve. L’idée peut sembler utopique, mais, depuis 1999 et la création de la RTDA, l’ancien recruteur de Manchester United semble bien déterminé à la réaliser.

Considéré comme une véritable terre d’avenir, le continent africain a du mal à se développer car trop souvent exploité. Les “faux” agents, les “faux” projets qui naissent chaque année font ralentir son développement et constituent un immense manque à gagner pour le football africain et ses jeunes membres. Cependant, il existe tout de même des projets ambitieux qui donnent accès, à ces jeunes joueurs, au football de haut niveau et à une éducation favorisant l’insertion professionnelle. En ce sens, la Right To Dream Academy est un modèle d’école de football en Afrique. Actuellement, elle compte plus de 50 diplômés qui sont des footballeurs professionnels jouant dans le monde entier, plus de 70 enfants dans des universités américaines et elle détient la seule et unique académie pour les féminines sur l’ensemble du continent africain.

L’académie est parfaitement structurée, aux niveaux sportif et éducatif, et continue de se développer intensément ces dernières années. Pour ce qui est du football, elle est évidemment très reconnue, figurant parmi les meilleures du monde en termes de résultats avec de nombreux titres et victoires remportées lors de grands tournois (Nike Premier Cup, Milk Cup) et une incroyable série de 42 matchs sans défaites pour ses catégories U15 et U18 lors d’une tournée en Europe en 2015. A la base de tout cela figure une réelle identité et philosophie de jeu, où l’on prône l’intensité, un jeu rapide et offensif, qui permet de développer la créativité des jeunes enfants. Les infrastructures se développent, elles aussi, pour garantir la réussite de ses meilleurs produits, avec plusieurs terrains en herbe, une salle de musculation, un centre d’analyse vidéo et un staff de qualité. Tout cela fait qu’aujourd’hui, l’académie est de plus en plus exigeante pour recruter ses talents, avec des centaines d’événements créés pour détecter les meilleurs talents d’Afrique de l’Ouest. Les exemples de belles réussites ne manquent pas : Majeed Waris (ex-Lorient, Nantes, Strasbourg), Emmanuel Boateng (ex-Levante, Rio Ave), David Accam (qui évolue aux USA depuis plusieurs années) ou encore Abu Francis, Mohammed Kudus, tous deux actuels joueurs professionnels du FC Nordsjælland.

Right to Dream Academy emerge champions of Gothia Cup U17 trophy ...
Les jeunes U17 de la RTDA après leur victoire à la Gothia Cup

Au niveau éducatif, tout est mis en oeuvre pour garantir un avenir professionnel à tous ces jeunes enfants, qui ne deviendraient pas footballeurs professionnels. L’objectif est de compléter, d’améliorer l’éducation des enfants, à travers l’apprentissage et le développement de l’esprit critique et de la mentalité. Les résultats sont particulièrement intéressants, notamment grâce à la mise en place de partenariats en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis, afin d’offrir la possibilité à ces jeunes de partir poursuivre leurs études à l’étranger. De plus, l’académie féminine est, elle aussi, une réussite et surtout d’un point de vue éducatif, peinant encore à faire ses preuves au niveau sportif.

Développer l’humain

La Right To Dream Academy est une réussite globale, de laquelle chaque membre ressort particulièrement grandit, en tant que sportif de haut niveau ou bien en tant qu’humain. Il existe une ambition profonde au sein de celle-ci, qui anime Tom Vernon : former des individus capables de créer des changements au sein de l’environnement, de la communauté dont ils sont issus (en anglais : social changemakers). Pour cela, un travail quotidien d’ampleur est réalisé pour faire grandir les individus plus rapidement, les faire gagner en expérience et en maturité. Ce travail se fait autour de valeurs fortes, sur lesquelles Tom Vernon insiste réellement : l’auto-discipline, la passion, l’intégrité, l’esprit d’initiative, l’intelligence sociale, la générosité et la compétitivité, qui sont toutes des valeurs nécessaires pour réussir au plus haut niveau et développer, rendre meilleur l’être humain.

Depuis le rachat du FC Nordsjælland par Tom Vernon, cette culture se transmet progressivement du côté de Farum. Le travail réalisé au Ghana, depuis la création de la RTDA, a une influence considérable sur ce qu’est le club danois actuellement. Cependant, les moyens sont plus importants au Danemark et l’ensemble du club semble vouloir innover et aller encore plus loin.

La stratégie du club danois se divise en trois grands axes : le football, l’éducation, et le développement personnel. Ces trois composantes sont au centre d’une stratégie globale et unique au sein du club, où l’on considère que se limiter aux sciences du sport et à l’aspect technico-tactique du jeu est un manquement au développement des jeunes talents. Pour Keith Sharpe, le responsable du développement personnel à la RTDA et à Nordsjælland, il est primordial de travailler sur l’état d’esprit, sur la mentalité d’un jeune footballeur “pour lui donner une base et un cadre de réussite. Il ne s’agit pas seulement de créer une mentalité de gagnant, mais aussi un état d’esprit positif pour faire plus et mieux, mais aussi pour aider les autres”. Ce travail se met en place progressivement, sur le long-terme au sein du centre de formation du FC Nordsjælland, puisque les résultats ne peuvent être perçus rapidement. De toute évidence, tout cela réclame patience et exigence mais représente un réel avantage compétitif puisque, jusqu’alors, peu de clubs s’y intéressent et vont aussi loin que le club danois.

Depuis l’arrivée de Tom Vernon, le FC Nordsjælland se structure progressivement pour mettre en application ces objectifs. L’arrivée de Keith Sharpe était une première étape, qui a permis de mettre en place un programme sur 8 années au sein de l’académie, afin de travailler sur l’éducation et le développement personnel des jeunes joueurs à partir de leur entrée au centre de formation, soit à 10/11 ans. Le programme est particulièrement complet et met en évidence la volonté de développer l’humain en tant que tel. Au sein de ce dernier, on retrouve notamment deux cours par semaine pour les membres de l’académie où tout type de sujets de société sont abordés, allant de l’intégrité à la passion, en passant par l’honnêteté et le respect des règles. Une approche par les valeurs, que Soren Kristensen, le CEO du club, souhaite absolument mettre en avant. Une réelle volonté de construire, de perfectionner l’état d’esprit, la mentalité, l’éducation de tous les jeunes joueurs, et pas seulement de ceux qui deviendront footballeurs professionnels. Cette volonté, tout le monde l’a au sein du club et tous les membres du staff y sont formés. La compétence, la passion et la formation sont des éléments clés chez les éducateurs, auxquels le club attache une grande importance. Un travail considérable est réalisé pour que chacun puisse être intégré dans l’environnement du FC Nordsjælland et puisse intérioriser ses valeurs. Au départ, tout est basé sur la théorie, plus de 70 livres (ex. Mindset: The New Psychology of Success de Carol Dweck, The Chimp Paradox de Steve Peters) constituent une “doctrine” adaptée et adaptable au football de haut niveau. Ces ressources considérables permettent donc de fixer un cadre de référence, que les entraîneurs, éducateurs ont la liberté d’adapter à leurs méthodes, puisque l’objectif n’est pas de laisser la responsabilité de l’éducation des joueurs et de leur développement personnel au seul Keith Sharpe (et son équipe), mais bien d’impliquer toutes les parties prenantes du club, pour aller ensemble dans la même direction.

Sortir de sa zone de confort

Une remise en question des modèles, des tendances du football actuel. Tom Vernon est un homme qui aime aller à contresens des autres, mais toujours dans une volonté de mieux faire. Fort d’une grande expérience au haut niveau, il considère que les systèmes de formation actuels ne répondent plus complètement aux besoins des jeunes joueurs et du football, et que l’environnement en leur sein ne favorise pas le développement personnel de l’individu. La nouvelle génération de jeunes footballeurs a accès à tout, est souvent gâtée, choyée mais jamais réellement bousculée. Et pourtant, la gestion d’une carrière de footballeur professionnel n’a peut-être jamais été aussi dure à gérer : matchs exigeants et stressants, maîtrise de la communication, exposition et nécessaire maîtrise de l’entourage (parents, agents, etc.). Ainsi, Tom Vernon insiste sur la notion de “poursuivre un but”, sur la nécessité de mettre les jeunes joueurs dans des positions inconfortables, au sein d’environnements complexes, non-familiers, dans le but d’apprendre.

Deux grands projets sortent du lot, et ce, depuis quelques années maintenant. Premièrement, les “giveback projects”, équivalents à des projets sociaux, humanitaires, sont organisés chaque année par les membres de l’académie. Ils travaillent avec des enfants sans-abris à Copenhague, aident des SDF à s’intégrer dans la société, trouver des ressources pour mieux vivre, ou encore d’autres projets, tous autant ambitieux les uns que les autres, qui les fait “prendre conscience de la position privilégiée dans laquelle ils se trouvent, mais aussi prendre conscience de comment l’utiliser pour poursuivre quelque chose de bien et aider les autres”. Deuxième projet : les échanges fréquents entre la RTDA et le FC Nordsjælland et la visite, chaque année, de la catégorie U13 danoise au Ghana. Au sein d’un environnement différent, parfois complexe, les jeunes danois découvrent un milieu qu’ils ne connaissent pas, où les conditions de vie sont plus difficiles. L’objectif est de voir comment le Ghana et ses enfants vivent au quotidien, échanger avec les jeunes ghanéens, mais aussi et surtout réunir deux cultures, particulièrement opposées, mais extrêmement enrichissantes. Soren Kristensen (CEO de Nordsjælland) y attache une grande importance et est toujours profondément marquée et heureux de ces nombreux échanges, de ces découvertes, des tournois, des matchs qu’ils jouent ensemble. Chaque année, les joueurs en ressortent de formidables expériences aux souvenirs inoubliables qui les feront grandir, à coup sûr. Pour preuve, auparavant, les équipes de Manchester United se rendaient parfois au Kenya et les dirigeants et membres du staff étaient stupéfaits des bienfaits de se confronter et d’apprendre d’une autre culture.

Common Goal et condition féminine

Le FC Nordsjælland est souvent en avance lorsqu’il s’agit de s’investir au niveau sociétal.

En mars 2019, l’actuel cinquième de Superliga 3F est devenu le premier club à signer l’initiative Common Goal. Cette dernière, co-fondée par Juan Mata et soutenue par de nombreuses “stars” du football telles que Kasper Schmeichel, Serge Gnabry, Jürgen Klopp ou encore Alex Morgan, oeuvre au quotidien pour venir en aide aux enfants défavorisés du monde entier. Ainsi, par le biais de cette signature, le club et plus de 50 de ses membres (joueurs et membres du staff) se sont engagés à verser 1% de leurs revenus afin de participer à la réalisation de 3 projets humanitaires. Cet engagement total du club danois est une nouvelle preuve de leur volonté de se développer différemment, et de montrer aux jeunes footballeurs qu’ils sont capables, à leur échelle, d’aider la communauté mondiale.

Depuis l’année 2018, le FC Nordsjælland est aussi particulièrement concerné par la réalisation d’un nouveau défi : rendre aux femmes l’accès au football plus aisé. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, le football danois n’est pas réellement en avance sur l’égalité homme-femme dans le football, comme le témoignait Søren Kristensen pour globaldkpodcast. Seulement, pour lui, et dans la logique du club qui est de contribuer à la réalisation des rêves des individus, il est strictement impossible de faire un choix entre celui d’une fille et celui d’un garçon, même si le second est plus intéressant financièrement. De fait, depuis 2 ans, le club a ouvert sa première académie féminine, en donnant accès aux mêmes infrastructures et aux mêmes exigences que celles des équipes masculines. Le FC Nordsjælland est donc le clubs danois qui s’investit et qui investit le plus dans le football féminin.

Le club et les joueurs s’engagent aussi énormément pour la condition féminine, de manière générale. En effet, le dimanche 10 mars 2019, lors d’un match face au FC København, chaque joueur arborait un maillot un peu particulier, où leur propre nom était remplacé par le nom d’une femme marquante et inspirante. Chaque maillot étant ensuite vendu aux enchères, et les bénéfices exclusivement utilisés pour l’académie féminine. Ainsi, figuraient sur le terrain, des femmes telles que Serena Williams, Rosa Parks, Vigdís Finnbogadóttir ou encore JK Rowling. Une belle manière de communiquer autour de l’importance du rôle de la femme dans la société, et de la nécessaire égalité qui devrait exister entre homme et femme. Seulement, cette action n’est pas qu’un simple coup de communication mais plutôt la vitrine d’un club à la forte ADN, qui se veut, lui aussi, inspirant.

Rosa Parks - Unique match worn FC Nordsjælland jersey from ...

Un modèle de développement footballistique

Chaque année, plus d’une centaine de filles et garçons à la Right To Dream Academy, plus de 150 au FC Nordsjælland tentent d’accomplir leurs rêves. Qu’ils deviennent footballeurs ou non, ils ont été, durant toute leur période de formation, façonnés pour devenir de meilleurs êtres humains, capables de voir, de penser au-delà du football. Seulement, ces deux entités restent avant tout des structures sportives et la nécessité d’obtenir des résultats sur le terrain est primordiale. Primordiale puisque cela permet de donner de la visibilité, de donner une bonne image pour attirer les meilleurs éléments mais aussi pour donner de la fierté aux supporters, aux personnes qui les suivent. Et de ce point de vue-là, le club de Farum n’est pas non plus en reste.

Le FC Nordsjælland a toujours été reconnu comme un des meilleurs centres de formation danois, duquel sont sortis des joueurs tels que Emre Mor, Emiliano Marcondes, Jores Okore, Marcus Ingvartsen ou plus récemment Victor Nelsson, Magnus Kofod, Andreas Skov Olsen. Créé en 1991 par la fusion des deux principaux clubs de la ville, le FC Nordsjælland et sa formation se sont surtout développés grâce à un homme : Allan K. Pedersen, l’ancien propriétaire du club de 2003 à 2008. Sous son impulsion, le FC Nordsjælland met en place le Fodbold Samarbejde Nordsjælland (FSN), qui est à la fois un projet de multiplication des partenariats avec des clubs locaux, afin de bénéficier de leurs meilleurs jeunes footballeurs, mais aussi une réelle politique régionale de détection massive. Dès 2006, le club est considéré comme un centre de formation de haut niveau. En 2015, quand Tom Vernon arrive au club, la formation prend une autre tournure au sein du club. Habitué à promouvoir facilement les jeunes pépites du centre, le propriétaire britannique en veut encore plus : à terme, il souhaite avoir une équipe avec uniquement des joueurs formés, soit au centre de formation, soit à la Right To Dream Academy. L’objectif est de taille et particulièrement ambitieux, mais le potentiel de la RTDA est énorme et le projet FSN porte réellement ses fruits avec plus d’une cinquantaine de clubs qui travaillent avec Nordsjælland.

La Masia danoise

Luis Llopis, ancien entraîneur des gardiens du Real Madrid, est dithyrambique sur l’académie du FC Nordsjælland : “Le FC Nordsjælland me rappelle beaucoup le Barça, surtout dans son modèle de jeu, sa façon d’aborder le jeu, et son travail avec son académie.” Le compliment est osé mais permet de mettre en avant le travail formidable réalisé depuis plusieurs années. A l’époque de Guardiola, lors d’un match face à Levante en 2012, le coach catalan se permet le luxe de ne jouer qu’avec des joueurs formés au club, tous portés par une philosophie de jeu et une identité extrêmement forte. L’objectif est à peu près similaire du côté de Nordsjælland, et sous l’impulsion de tout un staff de grande qualité, et d’hommes forts comme Jan Laursen (ex-directeur de l’académie et désormais directeur du football) ou Flemming Pedersen (coach de l’équipe première, 11 années au club), le club entend bien le réaliser.

Si la comparaison avec la Masia est aisée, c’est aussi grâce à une volonté de développer un véritable style et une philosophie de jeu, applicables des plus jeunes au groupe professionnel. Cette dernière provient de l’analyse faite du jeu moderne, où les joueurs sont de plus en plus amenés à prendre des décisions très rapides et efficaces, et d’un constat relativement simple de Flemming Pedersen, “pour gagner un match, il faut marquer des buts”. L’objectif des formateurs est alors de construire autour de l’attaque, comment attaquer, comment marquer un but, se rapprocher des zones de danger, comment, quand le faire. Tout est basé là-dessus au départ, c’est finalement chercher à simplifier mais optimiser aussi un sport qui devient de plus en plus complexe au fil des années. Pour le simplifier, un élément comme la compréhension du jeu est fondamental, et le club y attache une grande importance. “Nous voulons une équipe qui s’auto-organise : pas seulement 11 joueurs sur le terrain, mais 11 coachs”, voilà les mots de Flemming Pedersen, qui insiste sur l’importance d’éduquer les joueurs, dès le plus jeune âge sur l’apprentissage et l’analyse du jeu. Et aujourd’hui, c’est ce qui fait le succès du club, car chaque joueur qui provient du FC Nordsjælland a appris non seulement à jouer au football, mais aussi et surtout à le comprendre. “Ils ont fait de moi un penseur”, disait Emiliano Marcondes, actuel joueur phare de Brentford en Championship.

Dès l’entrée des jeunes au sein de l’académie, soit à l’âge de 10/11 ans, l’objectif est de simplifier le football au maximum afin de faire intérioriser à chacun les bases du football moderne, mais aussi de simplifier leur prise de décision, par une réduction des options de jeu. Ici, la contrainte est importante car elle permet de dégager une structure claire et simple, qui, une fois bien comprise, permettra aux joueurs de développer leur créativité. Ensuite, les éducateurs mettent en situation les jeunes joueurs, en les soumettant à des résolutions de problèmes, de situations de jeu plus complexes pour focaliser l’attention sur les intentions de jeu. Flemming Pedersen, dans une interview pour it’s just a sport, prend l’exemple du joueur sous pression, et de la nécessité d’avoir la bonne intention de jeu, qui est celle de ne pas dégager le ballon. La solution se trouvant grâce à une feinte, le démarquage d’un coéquipier, etc. Ainsi, au FC Nordsjælland, on se focalise d’abord sur la compréhension du jeu que sur le résultat de l’action en elle-même, puisque derrière de bonnes intentions, il y a un potentiel à parfaire. Et là est la mission de l’éducateur “développeur de talents”, c’est réussir à voir au-delà des probables réussites et échecs à un instant T.

Pour aider l’ensemble des joueurs des différentes catégories à bien travailler au quotidien, un travail colossal est réalisé. Pour chacune de ces catégories, un programme différent est créé, comportant des parties techniques/tactiques, plus individualisées, des parties sur le style de jeu, des parties mentales et enfin des parties physiques. L’objectif est d’être le plus complet possible et évidemment, une grande partie du programme concerne le style de jeu. Chaque semaine, les jeunes de l’académie ont des leçons théoriques sur le jeu et son analyse. Ainsi, on développe des lecteurs du jeu au FC Nordsjælland et on aide les jeunes joueurs à prendre des décisions plus rapidement que la moyenne. Le football cognitif a d’ailleurs sa place, au sein du club. Un travail important est réalisé sur cette thématique pour bénéficier de l’avantage compétitif que l’on peut en retirer, afin de réduire l’écart avec les jeunes d’autres pays européens généralement plus performants dans d’autres domaines.

Le staff, élément clé d’une réussite globale

Avoir une philosophie et des méthodes aussi “strictes” et exigeantes est parfois contraignant. Trouver les bons éducateurs, nécessaires à la réussite du club s’avère être une mission des plus complexes. Ainsi, afin d’intégrer le FC Nordsjælland, la sélection est pointilleuse et la formation conséquente. Il faut d’abord être un grand passionné de jeu, mais aussi un passionné des jeunes et du développement de talents. Si ces critères sont réunis, généralement les éducateurs postulants sont bénévoles de 3 à 6 mois, où ils sont intégrés à l’environnement du club et aux méthodes de travail, avec ensuite la possibilité de devenir un membre du staff permanent.

Apprendre et toujours apprendre. Voilà la base de la réussite pour les éducateurs des clubs, et celui de Farum semble bien l’avoir intériorisé, avec la mise en place d’une formation interne de coaching, des échanges permanents sur les méthodes d’entraînement, le management, etc., mais aussi des réunions récurrentes, généralement toutes les deux semaines sur des sujets bien précis. Ce qui compte c’est l’échange, le partage des connaissances pour pouvoir avancer dans la même direction. La cohérence du projet est aussi, évidemment, un élément clé, notamment pour garder ses meilleurs éléments. Il faut réussir à les développer, en accord avec les valeurs et le style de jeu du club, favoriser la promotion interne quand la compétence y est, et surtout les aider dans leur quête d’innovation pour être en avance sur les clés du football de demain. De plus, au sein du club, on favorise aussi une certaine autonomie, notamment dans les entraînements et la création d’exercices. Un cadre est donné pour fixer les limites, mais ensuite, chaque entraîneur est libre et autonome sur la manière d’entraîner son équipe. Une manière de développer la créativité des coachs, d’aller chercher encore plus loin, de leur faire se creuser l’esprit et surtout de mettre en avant leur dévouement, leur passion et leur qualité. Cependant, tout ceci a un but, recueillir, perfectionner les meilleures méthodes d’entraînement pour bénéficier aux jeunes du club. Ainsi, tous les entraînements sont scrutés, filmés et analysés grâce à la plateforme Hudl et des échanges nombreux avec les joueurs sont organisés pour perfectionner les méthodes.

Aller encore plus loin

Actuel cinquième de Superliga 3F, le club de la ville de Farum est déterminé à aller plus loin. Champion en 2012, le club peine à retrouver les sommets avec la domination du FC København et du FC Midtjylland, malgré une certaine constance dans le haut du tableau depuis quelques années et une qualification en Europa League en 17/18. Seulement, l’objectif est de travailler sur le long-terme et les investissements colossaux réalisés, chaque année, au niveau de l’académie (5 millions d’euros) mettent en avant les grandes ambitions de la direction du club. Actuelle plus jeune équipe d’Europe, avec 21,3 ans de moyenne d’âge, et plus de trois quarts des joueurs formés à la RTDA (Kudus, Francis, Atanga) ou au sein du club (Kofod, Christensen), les progrès sont fantastiques et le triptyque Football – Education – Développement personnel, à la base de leur stratégie, semble être payant. L’influence de la Right To Dream Academy n’est pas à négliger non plus, et constitue une des principales raisons d’être du FC Nordsjælland actuellement.

Des valeurs fortes, progressistes, inspirantes et une confiance totale donnée à de jeunes talents venus du Danemark et d’Afrique, on ne peut qu’apprécier le FC Nordsjælland. Iñaki Caña, ancien entraîneur des gardiens de l’équipe professionnelle, disait “je suis fier de faire partie de ce beau projet social, humain, éducatif et sportif”. Car oui, aujourd’hui, le FC Nordsjælland est bien plus qu’un club de football…

Crédit image : https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=54229351

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