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De la tête aux pieds

par | Avr 5, 2020 | 3 commentaires

Juan Roman Riquelme, Andrea Pirlo, Andres Iniesta, ces avant-gardistes, penseurs du football et de sa complexité, véritables joyaux d’un football cérébral mais romantique, où l’intelligence prédomine sur le physique. Il est un sport où il faut penser et voir avant son adversaire, où les performances du cerveau déterminent celles du terrain. Le talent de ces joueurs résidait dans leur faculté à prendre des décisions complexes, de façon automatique, sans effort ou sans sens de contrôle volontaire. Cette qualité était presque innée pour des joueurs d’un tel talent. Cependant, elle n’est pas donnée à tout le monde, et pourtant, le football poursuit son évolution et continue de s’accélérer. Le cerveau est donc devenu un outil clé pour réussir dans le football. Dans un sport toujours plus exigeant, la science apporte son lot de solutions, et travailler ses fonctions cognitives grâce à la technologie devient un axe de développement majeur pour certains, notamment un : le club d’un village où 3 000 âmes allemandes vivent paisiblement, au coeur du Bade-Wurtemberg, le TSG Hoffenheim

1990, le déclic

Dietmar Hopp, homme le plus clivant du paysage footballistique allemand, richissime homme d’affaires, copropriétaire de SAP (petite société de logiciels informatiques qui culmine à 3 milliards d’€ de résultat net), est également propriétaire d’un des clubs les plus innovants de la Bundesliga. Racheté en 1990, le TSG Hoffenheim a depuis parcouru du chemin. De la huitième division allemande à l’élite du pays se sont passées 18 années, une ascension fulgurante, qui continue aujourd’hui. Marqué par le passage d’un homme, Ralf Rangnick, l’actuel 9ème de Bundesliga, est un club novateur, performant sportivement et scientifiquement à la pointe. Le football moderne le connaît surtout à travers un homme, qui attire les projecteurs des médias, Julian Nagelsmann. Actuel entraîneur du RB Leipzig, ce dernier a propulsé le TSG sur le devant de la scène au niveau sportif, entre 2016 et 2019. Arrivé à l’âge de 28 ans sur le banc du club allemand, l’entraîneur génial qu’il est, a réussi à mettre en application une identité propre à ce club de la région ouest-allemande : développer le footballeur à l’aide des sciences cognitives. 

Jan Mayer, le penseur d’une révolution 

A partir de 2016, le TSG Hoffenheim, sous la houlette de son jeune tacticien ambitieux et charismatique, est passé dans une autre dimension. Il est venu récompenser le travail de fond réalisé depuis 2008 par le staff du club. Une prise de risque entamée à l’initiative de Bernhard Peters, alors responsable de la formation, qui contacte un homme, le Dr. Jan Mayer. Diplômé de psychologie, professeur à l’université, il est un jeune psychologue de 36 ans qui découvre le monde du football professionnel. Dans un premier temps chargé de s’occuper des jeunes de l’académie, son rôle va rapidement évoluer, et il devient peu de temps après sa nomination, responsable du développement cognitif des catégories U19 jusqu’à l’équipe professionnelle. Un rôle pas des plus communs dans un club de football, mais qui s’impose comme une nécessité tant les exigences de ce sport augmentent. 

Jan Mayer, grand artisan de la révolution cognitive au TSG

Arrivé en 2008, c’est réellement l’année suivante que tout s’accélère pour Jan Mayer, et le club du TSG. Zsolt Petry, ancien entraîneur des gardiens de l’équipe professionnelle, lui demande de rendre les joueurs plus rapides dans leurs têtes, pour faciliter la prise de décision. C’est alors que commence, pour lui et tout son staff, un processus de recherches scientifiques autour du cognitif dans le football afin d’améliorer les performances cérébrales des joueurs. Il trouve principalement son inspiration grâce à un prix Nobel d’économie, Daniel Kahneman et son livre “Système 1/Système 2 : les deux vitesses de la pensée”. Ce psychologue israélo-américain définit, dans son livre, deux grands domaines de la pensée : le système 1 qui pourrait être associé à l’inné, le système 2 qui nécessiterait quant à lui, “l’attention des activités mentales et l’effort que cela requiert”. Le potentiel réside donc dans ce dernier, car il est le plus intéressant pour améliorer la vitesse de pensée chez les footballeurs professionnels. 

En 2010, Jan Mayer met donc en place ses premiers entraînements cognitifs avec comme objectif central : faire apprendre aux joueurs à penser consciemment, rapidement. Dans un sport où l’innovation est encore trop peu présente, il estime nécessaire de faire progresser et accélérer le processus dans le cerveau, car “beaucoup de sportifs sont trop lents dans ce domaine”. Ses premiers tests cognitifs sont donc lancés, et commencent par des jeux simples de “perception” que l’on peut trouver sur l’App Store ou bien qui sont développés en interne. Les premiers résultats sont plutôt concluants, mais l’objectif est évidemment d’aller bien plus loin. Jan Mayer est un chercheur, un innovateur, et depuis 2010, il cherche constamment de nouvelles solutions pour maximiser le potentiel des joueurs. Son objectif à terme : construire un véritable “laboratoire de ludification” afin de répondre aux exigences du football moderne. Pour preuve, entre 2006 et 2014, le temps de conservation du ballon de l’équipe allemande lors des deux Coupes du Monde est passé de 2,8 secondes à 0,9 secondes. Jouer avec son cerveau est donc devenu une nécessité.

Danke SAP 

Si aujourd’hui le TSG Hoffenheim est le club le plus innovant d’Allemagne, on peut sans aucun doute l’associer à son étroite collaboration avec l’entreprise de son propriétaire Dietmar Hopp, l’éditeur de logiciels informatiques, SAP. Le football évolue et se complexifie à tous les niveaux, et entreprendre une telle révolution scientifique, ne peut se faire seulement en interne. SAP est un soutien financier et technologique de poids, qui permet à Hoffenheim de mettre en application les grands principes de Jan Mayer. De fait, depuis 2013, le club travaille avec SAP Hybris, une filiale du groupe, spécialisée dans la confection d’outils pour le monde du sport. Un réel avantage compétitif dans un monde où, désormais, les grandes réussites sont le fait d’entreprises qui ont accumulé et traité des datas. 

Dietmar Hopp, propriétaire du club

SAP est donc un soutien clé pour développer toutes les innovations autour du cognitif, pensées par Jan Mayer et son staff, mais son influence ne se limite pas là. Son outil, SAP Sports One, est l’outil technologique le plus performant du monde footballistique. Véritable centralisateur de l’ensemble des données produites par le club, le TSG en est désormais entièrement dépendant. Grâce à leur ingéniosité et leur savoir-faire technologique, SAP conseille désormais l’ensemble des membres du staff et les joueurs sur l’entraînement, la condition physique, les performances en match, mais aussi le recrutement. En clair, il est au centre des opérations stratégiques du club. 

Une collaboration qui permet de professionnaliser et de crédibiliser son projet d’innovation technologique. Souvent moqué pour s’occuper plus de ses jeux ludiques que des performances de l’équipe sur le terrain (15ème en 2015-2016), le club a su prôner la patience et a fait confiance à ses hommes forts. Si Nagelsmann a permis au club de progresser au niveau sportif, il est surtout venu concrétiser un travail de longue haleine réalisé par des gens extrêmement qualifiés. Les innovations autour des sciences cognitives sont nombreuses et permettent aux joueurs de progresser rapidement, et ces dernières sont devenues de véritables atouts pour le business du TSG. Aussi étonnant que cela puisse paraître, Peter Görlich, directeur exécutif du club, définit le TSG Hoffenheim comme “une entreprise commerciale”. Comme dans tout club, les performances sportives et autres transferts sont rémunérateurs, mais le comité directeur essaye aussi de monétiser les innovations, l’utilisation de la technologie, avec comme espoir de revendre ses outils. 

Au coeur d’un système économique complexe et prêt à exploser à chaque catastrophe, le choix du TSG Hoffenheim est extrêmement pertinent. Multiplier ses sources de revenus est devenu clé actuellement, surtout pour un club dont la base fanatique n’est pas la première des qualités. Le choix de devenir une entreprise à part entière n’a pas vocation à satisfaire les amoureux du beautiful game. Cependant, la perspective de devenir le précurseur de l’utilisation du cognitif dans le football risque d’en combler d’autres, à commencer par les joueurs. 

Un laboratoire d’innovation 

La recherche cognitive dans le football est quelque chose de nouveau, les premières expérimentations n’ont pas eu encore de résultats scientifiques définitifs et significatifs. Cependant, assez logiquement et si l’on se fie aux avis des professionnels, travailler les fonctions cognitives pour un joueur de football est effectué dans le but de parfaire sa pensée consciente, sa perception, sa compréhension et sa prise de décision. “Le footballeur”, pourtant décrié pour son manque de pertinence lors des interviews d’après-match, réalise généralement les meilleurs scores dans les tests de “fonctions exécutives” (créativité, suivi visuel, mémoire de travail, etc.) créés par des psychologues. Mais alors existe-t-il un réel intérêt à perfectionner ces capacités cognitives ? Existe-t-il une marge de manœuvre suffisante pour que la performance du joueur soit bonifiée ? 

C’est ce qu’essaye de prouver le TSG Hoffenheim au quotidien, et particulièrement Jan Mayer, en lien étroit avec les entraîneurs et staffs des différentes catégories. Dans un environnement plutôt favorable à l’innovation (club détesté, peu de pression), les investissements en Recherche & Développement sont importants et le quartier high-tech est tel que l’on en oublierait presque qu’on joue au football à Hoffenheim. Chaque saison, de nouvelles inventions apparaissent dans les entraînements, propulsés par des entraîneurs plus ou moins en phase avec les outils technologiques. Julian Nagelsmann était d’ailleurs un fan inconditionné de ces exercices cognitifs, avec une constante dans sa préparation d’équipe : faire tourner les cerveaux durant l’entraînement. Cette exigence perpétuelle fait désormais partie d’une réelle identité, à laquelle les joueurs doivent adhérer. 

L’Hélix, une révolution digitale

Première innovation majeure utilisée par le TSG Hoffenheim, l’Hélix est la représentation de la capacité d’adaptation et d’ingéniosité de l’homme, mais aussi et surtout la marque de fabrique d’un staff extrêmement compétent au sein du club. Le concept est créé au départ, pour une toute autre utilisation : améliorer la qualité des réunions virtuelles chez SAP. Ne servant pas, l’outil est totalement repensé par le staff et le transforme pour en faire un exercice cognitif de premier plan

Écran de 10 mètres de long et couvrant un angle de 180 degrés, l’Hélix est un outil spécialement conçu pour améliorer la concentration et la vision périphérique/la vision du jeu du footballeur. Le but de l’exercice : un joueur se place devant l’écran, observe et doit retenir l’ensemble des déplacements effectués par les 8 joueurs virtuels (4 coéquipiers, 4 adversaires). L’exercice n’est pas simple et requiert un haut niveau de concentration, couplé à un certain niveau de stress et le son du public en fond pour rendre le tout plus réaliste. L’objectif, pour le staff, est donc de mesurer si, dans ces conditions, le joueur est capable de prendre une bonne décision, et de scanner les bonnes informations, celles utiles au déroulé de l’action. Au niveau de son utilisation, chaque joueur d’Hoffenheim (toute catégorie confondue) est invité à l’utiliser, et plus spécifiquement ceux qui ont obtenus de mauvais scores aux tests diagnostiques de début de saison. Même les meilleurs joueurs du club, comme Sebastian Rudy, ancien joueur du Bayern et international allemand, l’utilisent fréquemment et obtiennent des scores exceptionnels. 

L’Hélix est sans aucun doute un des outils les plus performants du club. Pour la plupart des scientifiques du sport, il est clair qu’il a redéfini complètement l’entraînement cognitif dans le football et qu’il a apporté des avancées majeures dans l’amélioration de la performance footballistique. Malgré cette reconnaissance, le staff continue d’innover et souhaite toujours le perfectionner. Une nouvelle forme d’Hélix est en réflexion, avec la possibilité d’augmenter son angle à 360° pour rendre l’expérience encore plus immersive. 

Deux touches, orientation 

Le Footbonaut. Une cage de 14×14 mètres, composée de 64 cibles, désormais largement connue dans le monde footballistique allemand, puisque aussi utilisée par Dortmund et Leipzig, fait figure de prouesse technologique au coeur du centre d’entraînement d’Hoffenheim. L’outil est rare et relativement coûteux (entre 2 et 4M d’euros actuellement), mais son utilisation n’est pas sans effet. Depuis 2014, le TSG l’utilise pour l’ensemble de ses équipes, allant des U12 jusqu’à l’équipe professionnelle, et observe des résultats particulièrement satisfaisants. A travers la vidéo de présentation, on comprend vite le principe : recevoir un ballon fort, bien le contrôler, et faire la bonne passe au bon endroit. La base du football, ce que chaque entraîneur enseigne à ses joueurs dès le plus jeune âge, mais des gestes complexes malgré cela. Ils ont besoin d’être répétés, d’être perfectionnés et d’être exécutés avec une intensité nécessaire pour pouvoir être efficaces. Selon C. Güttler, le créateur de l’outil, “si un joueur fait une session de 15 minutes, il touchera pratiquement autant de ballons que dans une semaine d’entraînement” ; de quoi permettre au joueur de progresser ballon au pied. 

Le staff utilise massivement l’outil et essaye de faire fructifier cet investissement majeur afin de faire progresser joueurs de l’académie et joueurs de l’équipe pro. Chacun d’eux a l’obligation d’effectuer 1 entraînement par semaine, avec la possibilité d’y retourner, au bon vouloir du joueur. Que ce soit pour un gardien ou un joueur de champ, et encore plus au vu de l’évolution du rôle de ce premier, les objectifs sont clairs et répondent aux exigences de ce sport : travailler sur la première touche de balle, prendre conscience des différentes situations de jeu, aider à la prise de décision, mais aussi et surtout travailler sur le rythme et la constance. En bref, c’est travailler sur la coordination technique et les fonctions cognitives, capitales dans l’utilisation du ballon et de l’espace dans un football toujours plus rapide. 

What else ? 

Même si elles sont révolutionnaires, il serait réducteur de n’aborder que ces deux innovations. L’ingéniosité du staff d’Hoffenheim ne s’arrête pas là, et si le club est aujourd’hui tant reconnu et performant, c’est aussi grâce aux innovations suivantes. 

Au coeur du centre d’entraînement, on réfléchit aussi, et ce, depuis plusieurs années, sur des tests pour mesurer le temps de réaction d’un joueur. Selon Christoph Biermann, dans Big Data Foot, le staff travaille activement sur le “Vienna Test”, qui permettrait de “distinguer un bon footballeur d’un mauvais”. La simplicité du test pourrait faire douter de telles conclusions, mais il n’empêche qu’il est utilisé et qu’il peut s’avérer intéressant pour mesurer la rapidité d’exécution du joueur. Sur le même principe, une console Atari nouvelle génération est aussi utilisée, où il faut appuyer simultanément sur un bouton avec une main, et sur une pédale avec la main opposée. Si l’utilisation de ces outils n’est pas réellement novatrice, puisqu’en 2007, l’équipe d’Allemagne pratiquait déjà ce type d’exercice, il est intéressant de les mentionner tant ce sont des expérimentations rarement vues et pratiquées dans d’autres clubs. 

D’un point de vue plus tactique et terrain, là aussi le TSG détient son lot d’innovations, plus ou moins pertinentes : 

  • Le bien connu VideoWall, l’écran géant présent sur le terrain d’entraînement depuis la saison 2017/2018 et la qualification en Ligue des Champions sous Nagelsmann. Il est implanté principalement pour relayer plus rapidement la philosophie du coach, et rendre compte plus simplement des positions et détails à régler pour l’analyse tactique. 
  • Une application iOs pour mobile et tablette appelée “Tactics Board”, qui sert principalement pour expliquer les tactiques de match, les coups de pied arrêtés ou bien les systèmes de jeu. L’application est très facile d’utilisation et intervient notamment le long de la ligne de touche, lors de remplacements en cours de match. 
  • Les Visionup Strobe Glasses, exclusives aux gardiens de buts, et pas pour déplaire à un certain Oliver Baumann, actuel gardien du club, et grand friand de l’ensemble de ces exercices cognitifs précités. Depuis la saison 2016/2017 et sous l’impulsion de Michael Rechner, entraîneur des gardiens du club et novateur reconnu, les gardiens du TSG Hoffenheim travaillent avec des lentilles spéciales qui réduisent la vue. Composées de la technologie Liquid Crystal Display, principalement utilisée pour la fabrication d’ordinateurs ou de smartphones, ces lunettes ont un impact positif sur la vision selon plusieurs scientifiques de l’université de Utah. Grand adepte de l’outil, Baumann s’entraîne avec plusieurs fois par semaine et les met brièvement juste avant les matchs, et est convaincu de ses bienfaits. Cela se confirme d’ailleurs grâce aux statistiques du gardien allemand, puisqu’entre la saison 15/16 et 16/17, c’est une diminution de 31% de buts encaissés, un passage de 5 à 1 erreurs importantes, en plus d’être devenu le deuxième meilleur gardien du championnat en termes de pourcentage d’arrêts. Concrètement, ces lunettes permettent d’améliorer l’acuité visuelle, la vitesse de reconnaissance, la perception de la profondeur et la coordination œil-main-pied, ce qui conduit à une amélioration des performances. 

Dans le laboratoire de “ludification” de Jan Mayer, les jeux vidéo ont aussi leur place. Convaincu de leur utilité, Jan Mayer a développé, en collaboration avec SAP, un jeu vidéo, laissé en libre accès pour l’ensemble des joueurs des différentes catégories. Pour lui, ces premiers ont un grand intérêt pour développer les compétences cognitives des joueurs. Si des études scientifiques ont surtout montré que les jeux “utiles” étaient ceux développés en laboratoire et non pas ceux du commerce, car trop distrayant, et trop complexe, Jan Mayer n’est pas réellement de cet avis et encourage la pratique de jeux comme FIFA ou Call Of Duty. Souvent vue comme péjorative, l’utilisation du jeu vidéo est largement encouragée par Jan Mayer et son staff, et l’explique parfaitement : « Améliorer la vitesse du traitement de l’information, l’expérience du changement d’objectif, du suivi d’objet. Toutes ces choses dont on a besoin sur le terrain peuvent être améliorées en jouant aux jeux vidéo. C’est une approche scientifique qui nous enthousiasme. » Dans cette lignée-là, le club se penche aussi sur la réalité virtuelle (évolution du jeu vidéo) et travaille en collaboration avec la société Be Your Best sur l’outil “Cognitive VR Training”. L’objectif est sensiblement le même et vise à travailler sur la perception, la vision du jeu, le placement, mais aussi sur d’autres capacités cognitives, comme celle de gestion du stress, de la pression, et la réaction en cas de succès/échec. L’outil reste, pour l’instant incomplet, mais est amené à s’améliorer largement et à devenir l’un des meilleurs exercices cognitifs pour le football.

Réussir à évaluer et analyser 

Collecter des données est un fait, mais si l’on veut qu’elles s’avèrent utiles, il faut réussir à les analyser, pour pouvoir donner des résultats concrets. Ici, le soutien de SAP est clé, car c’est grâce aux leurs outils que ce processus est réalisé. Sans avoir accès aux résultats officiels, il est important de voir comment et à travers quels outils, innovations l’ensemble de ces données sont traitées. 

Premièrement, le TSG Hoffenheim utilise l’ExF score qui permet de donner une évaluation des fonctions exécutives du cerveau. L’ExF est un score exécutif individuel qui sert de référence par rapport aux différents résultats des joueurs, enregistrés en continu par le club, lors de tous les tests cognitifs réalisés. Il permet donc de savoir si les capacités du joueur évolue positivement ou négativement. Dans ce dernier cas, l’ExF sert aussi d’indicateur de fatigue mentale, qu’il ne faut pas négliger tant les fonctions cérébrales du joueur sont mises à disposition durant les séances d’entraînement. En clair, si l’écart d’un résultat d’un test à un instant T est trop important par rapport à l’ExF alors cela peut indiquer qu’il y a nécessité de réduire le stress, la sollicitation du cerveau, etc. 

La dernière trouvaille du club, toujours en collaboration avec la société de Dietmar Hopp, la SAP Interactive Data Space. Une pièce entièrement high-tech, développée dans les locaux du centre d’entraînement, où il est possible d’avoir accès à toutes les donnés éditées par le club. Selon Peter Görlich, elle permet au TSG de soutenir de manière optimale les opérations quotidiennes du club, tant sur le plan sportif que celui de la gestion. Au niveau sportif, cette salle est une réelle ressource pour les analystes vidéo, mais aussi le staff pour avoir la possibilité d’organiser des entretiens collectifs ou individuels sur l’analyse tactique et la planification de match, le tout avec une approche fondée sur la data. Peter Görlich résume parfaitement son intérêt : “Nous nous efforçons constamment de renforcer notre rôle de leader technologique en Bundesliga. La SAP Interactive Data Space est le dernier exemple de notre stratégie visant à nous concentrer sur des innovations adaptées et des technologies de pointe pour optimiser nos performances ». 

Le TSG Hoffenheim, une merveille technologique

Humilité, travail acharné et recherche constante sont les cinq mots d’ordre d’un club qui travaille pour faire avancer “son” football. Reconnu comme le club le plus novateur d’Allemagne depuis plusieurs années, le TSG Hoffenheim prouve que football et technologie de pointe sont complémentaires et vecteurs de grandes réussites. De nombreux scientifiques en Suède, aux Pays-Bas, aux Etats-Unis ou au Canada ont largement validé leurs méthodes et certifient qu’elles ont une influence sur les performances et le développement cérébral (traitement des informations, discernement). Le club est structuré, les hommes sont nombreux et extrêmement qualifiés (Jan Mayer, Rafael Höffner, Peter Görlich, Michael Rechner et bien d’autres) et lui permettent de ne jamais cesser d’apprendre, d’innover et de poursuivre ce travail académique intense et difficile, même si les choses vont bien. En bref, le TSG Hoffenheim est un penseur du football d’aujourd’hui et de demain, où les cerveaux deviendront vitaux. 

3 Commentaires

  1. Gozlan

    Incroyablement intéressant, Directeur de Recherche je m’intéresse aussi à ces systèmes intégratifs et au des fonctions cognitives et créatives chez les étudiants. J’essaie aussi de mettre ça en place avec le développement de mon fils au football dans la limite de mes capacités mais ça marche quand même et cela lui permet de jouer au plus haut niveau. J’avais lu le livre de Khaneman thinking fait thinking slow qui a inspiré Hoffenheim.
    Merci cet article est un régale. Pourquoi les club pro en France n’adoptent pas ce genre d’approche qui se développe aussi en Holland et en Espagne ? On dirait qu’en France, il y a les universitaires d’un côté et les fouteux de l’autre?

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    • Arno JOSSE

      Merci pour les compliments, c’est très gentil de votre part.
      Votre démarche est intéressante, en espérant que ça paye pour votre fils, s’il souhaite jouer au haut niveau.
      Il est vrai qu’on voit beaucoup d’innovations de ce type dans les championnats du nord en particulier (Allemagne, Danemark, Pays-Bas) mais aussi dans certains autres, notamment le Barça qui oeuvre énormément pour le futur du football ! Le budget le permet parfois, mais les idées et l’envie d’innover, de prendre des risques font partie de la culture de ces pays-là ; pas sûr qu’en France on ait cette mentalité. Rien qu’à voir l’évolution du championnat, le manque de prise de risques sur les choix d’entraîneurs, beaucoup de clubs qui travaillent avec aucune notion de continuité, etc.
      J’ai pas forcément de réponse définitive et il ne faut pas faire de généralités, mais il y a des maux importants au sein du foot français, c’est une certitude.

      Réponse
  2. Perrin

    Magnifique expérience et documentation
    Qu’en est-il de l’entraînement mental, la préparation mentale, individuellement, collectivement, sur et en dehors du terrain
    Merci merci

    Réponse

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