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Ralf Rangnick : Vielen Dank (2/2)

par | Fév 13, 2020 | 0 commentaires

Le Red Bull Football ou le projet d’une vie pour Ralf Rangnick. Contacté pour devenir la tête pensante des clubs de Salzburg et de Leipzig, l’ancien technicien allemand, qui quitte pour la première fois son poste d’entraîneur à l’époque, va devenir l’un des meilleurs directeurs sportifs de son temps. A la base de sa réussite, une philosophie professionnalisante qui vise à faire progresser le projet de Dietrich Mateschitz, milliardaire et propriétaire de Red Bull. 

Un homme à tout faire 

Depuis le mois de juin 2012, Ralf Rangnick est la tête pensante du développement du Red Bull Football Project (RBFP). Pourtant « seulement » ancien entraîneur, il est aujourd’hui l’homme d’un projet et le principal architecte d’une des plus grandes réussites du football moderne. Arrivé, officiellement, au sein de l’organigramme de Salzburg en qualité de directeur sportif,  Dietrich Mateschitz le sollicite pour bien plus. Accélérer le développement des clubs de Salzburg et de Leipzig est sa principale mission. Il devient, en quelque sorte, et ce jusqu’à la saison 2018/2019, développeur et coordinateur de la stratégie globale du groupe Red Bull au sein du football européen ; avant de l’être pour le football américain depuis cette saison (RB Brasil et NY Red Bulls). Pour pallier les besoins du club, il assure aussi la fonction de manager du club pendant deux saisons (2015/2016 et 2018/2019). Ralf Rangnick restera malgré cela l’homme à tout faire du projet Red Bull Football, l’homme clé de la hiérarchie des deux clubs. 

Aujourd’hui, le projet Red Bull est un véritable mastodonte du football mondial et une « entreprise » de football sans égale. Leipzig et Salzburg en sont ses têtes d’affiche (voir l’évolution du RB Brasil via l’article des Cahiers du Football), et les deux clubs doivent beaucoup à Rangnick. Salzburg devient l’unique référence du championnat autrichien, avec des performances continentales enthousiasmantes (cf. double confrontation face à Liverpool, et 3ème place de son groupe en LDC) et une suprématie nationale sans précédent, équipe sacrée depuis 2014 en championnat. Le RB Leipzig est, quant à lui, l’un des tous meilleurs clubs allemands depuis sa montée en Bundesliga, et va connaître son premier huitième de finale de LDC cette saison. Il ne leur manque qu’un titre majeur pour entrer définitivement dans le paysage moderne des grands clubs allemands, sur le plan des des résultats. 

Seulement, tout n’a pas été si simple à construire, malgré des investissements intelligemment réalisés, notamment au niveau des infrastructures du club ou des équipes techniques. Tournant de leur histoire, un match qualificatif pour la LDC en juillet 2012, entre Salzburg et Dudelange, qui verra le club luxembourgeois s’imposer. Ralf Rangnick avoue, aujourd’hui, que le projet n’aurait pas évolué aussi rapidement sans cet événement. Vécu comme un véritable affront, Ralf Rangnick entreprend donc des profonds changements dans la conduite du Red Football.

La professionnalisation du projet

A travers ses différentes expériences, et notamment celle d’Hoffenheim (cf. partie 1 de l’article), Ralf Rangnick a accumulé des savoirs déterminants dans l’évolution d’un club. Après cette défaite face à Dudelange, il décide de mettre en place une véritable exigence à tous les niveaux. Premier réel apport de l’homme à tout faire de Red Bull : la professionnalisation du staff et des équipes de recrutement. Fort d’un réseau largement perfectionné, il va placer ses hommes de confiance, et notamment ceux d’Hoffenheim, pour faire des deux clubs phares de Red Bull de véritables entités respectées. Red Bull, via Ralf Rangnick, investit fortement sur la restructuration quasi-complète du staff et créé des nouveaux postes. Des responsables nutrition et des psychologues sont engagés dans les deux clubs. Véritable constante, à cette période dans les clubs de haut rang, ces postes vont permettre de hisser le niveau de détail, en termes de préparation, des clubs de Leipzig et de Salzburg. Cette restructuration débute en 2012, et va se poursuivre tout au long de la période Rangnick, avec des staffs toujours hautement reconnus (ex. entraîneurs passés par les clubs sur lesquels nous reviendrons plus tard). Cette professionnalisation constante du staff, en adéquation avec une stratégie de recrutement audacieuse et ambitieuse, va permettre de doper considérablement les résultats.

La jeunesse, l’enthousiasme et l’ambition sont des modèles de Red Bull et les idées clés du branding de la marque. L’objectif de D. Mateschitz, en rachetant les deux clubs, est de rajeunir les effectifs en adéquation avec la cible marketing de Red Bull, les 16-25 ans. Pendant la période R. Rangnick, cette stratégie va être très largement accentuée et tournée vers le développement des talents, marque de fabrique du RBFP. Des équipes de scouting performantes et nombreuses sont recrutées pour dénicher les plus grands talents du football mondial, de 17 à 23 ans. Une stratégie payante : Haaland, Mané, N.Keita, Upamecano, Werner, pour ne citer qu’eux. Cependant, en ne retenant que ces individualités, on pourrait oublier l’essence du football Red Bull : la prépondérance du collectif

Un projet attractif

A l’instar de la philosophie qu’il a su implanter dans le football allemand, Ralf Rangnick a toujours eu un réel intérêt pour un football enthousiasmant, fait de prises de risque. Pour conquérir les cœurs des simples consommateurs de football, la mise en place d’un projet de jeu cohérent et attrayant semble être la solution adéquate. Clubs sans histoire pour Leipzig, et à l’histoire « détruite » pour Salzburg (avant le rachat par Red Bull, le club était un des meilleurs clubs autrichiens), le remède pour commencer à dominer le football mondial, devait passer par le jeu. Cette orientation est d’ailleurs particulièrement efficace, rapidement :  les affluences de Leipzig passe de 3 à 20 000 en 3-4 ans, dans le pays des Traditionsverein (clubs de traditions allemands : Dortmund, Werder Bremen, etc.), où des clubs comme Hoffenheim ou Leipzig sont particulièrement haïs. On reconnaît désormais, un style Red Bull, à part entière, à l’image du football allemand, fait de spectacularité et d’attaque. Preuve en est, cette saison Leipzig marque 2,41 buts/match TCC, et Salzburg, 3,67 par match. On pourrait penser, notamment pour ce dernier, que la faiblesse du championnat y est pour beaucoup, mais les performances en LDC sont tout aussi honorables (dans un groupe composé de Liverpool, Naples et Genk) avec 2,67 buts/match…de quoi attirer la curiosité des plus friands consommateurs de football.

Cependant, pour mettre en place cette identité de jeu, il ne faut pas seulement quelqu’un pour l’énoncer, il faut aussi des entraîneurs, des staffs pour l’exécuter. Et, en termes d’innovation et de prise de risque, le pôle décisionnel de Leipzig s’y connaît et sait faire les bons choix. Des fins tacticiens, des entraîneurs à projet, des penseurs du foot de demain, Red Bull est reconnu pour mettre en lumière des entraîneurs jeunes, avant-gardistes et hautement pertinents. Parmi eux, Ralph Hasenhüttl (Southampton), Julian Nagelsmann (actuel entraîneur de Leipzig) sont les figures marquantes de la plus grande ville de Saxe ; Roger Schmidt (ex-Leverkusen), Adi Hütter (Francfort) ou encore Marco Rose (Mönchengladbach) sont celles de Salzburg. Tous sont désormais des entraîneurs reconnus, pratiquant un football flamboyant, dans la lignée du football Rangnick, à l’allemande. 

Un intérim assuré et marquant

 Si le passage de Ralf Rangnick a été aussi marqué au sein du Red Bull Football Project, c’est aussi parce qu’il a dû enfiler la casquette d’entraîneur pour pallier les besoins de Leipzig. Lors de l’année 2015/2016, le club tente d’enrôler Thomas Tuchel, sans succès, et RR prend le poste, en conséquence ; lors de l’année 2018/2019, après la démission de Ralph Hasenhüttl, il se voit proposer sa succession, en attendant l’arrivée de Julian Nagelsmann l’été prochain. Décrit comme cela, on pourrait penser que Rangnick n’était là que pour assurer un simple intérim et limiter la casse avant de laisser place à des entraîneurs prometteurs. Cependant, l’ancien entraîneur d’Hoffenheim ou de Schalke 04 n’en est pas à son premier coup d’essai. Le club de Leipzig obtient ses meilleurs résultats avec lui : lors de sa première saison en tant que coach, il permet au club de se hisser pour la première fois au sein de l’élite allemande ; lors de la seconde, il qualifie le club pour la deuxième fois de son histoire en Ligue des Champions, avec une 3ème place. 

Si l’on a beaucoup insisté sur l’aspect tactique de sa carrière (partie 1 de l’article), il ne faut pas oublier le respect qu’il avait pour ses joueurs et vice versa. C’était un entraîneur convaincu, convaincant, qui voulait tout faire pour que ses joueurs adhèrent à son projet de jeu. Ses relations fortes avec ses joueurs ont fait de lui un entraîneur très apprécié, comme il le dit si bien dans un article pour The Coaches’ Voice « Outre leurs goûts musicaux, j’ai une forte connexion avec mes joueurs ». Soucieux de les faire progresser en tant que footballeur mais surtout en tant qu’humain, c’était un entraîneur intransigeant, pour qui la discipline est une conséquence de la réussite. Préparation physique, mentale, nutrition, sommeil sont les grands axes de cette dernière pour lui. En témoigne les règles qu’il a implanté en tant que coach de Leipzig : des heures de repas fixes, l’interdiction d’utiliser les téléphones dans le vestiaire, ou encore l’utilisation exclusive de l’anglais ou de l’allemand au sein du club. C’est un passionné de football, un travailleur acharné, à tel point qu’il impressionne ses propres joueurs ; Kevin Kampl, joueur de Leipzig, disait : « J’ai rencontré beaucoup de personnes dans le football, mais je n’ai jamais vu quelqu’un d’aussi fou, amoureux de ce sport ». 

Un innovateur

Désormais Responsable des relations internationales et de la détection pour les clubs de Red Bull en Amérique, on peut estimer qu’en 6 ans, Ralf Rangnick a grandement participé à une révolution du football. Ce football version Red Bull, souvent décrié et commenté sur les méthodes de recrutements aux méthodes douteuses ou sur l’absence d’identité de ses clubs, retrouve, avec le travail de Rangnick ses lettres de noblesse : beautiful game, travail, rigueur et collectif pour redonner du spectacle aux consommateurs du ballon rond. Alors qu’il a quitté cette saison le continent européen pour se consacrer à d’autres projets au sein du RBFP, Ralf a placé ses hommes, Julian Nagelsmann et Markus Krösche à Leipzig, pour poursuivre son ambition. Réduire l’écart existant avec les grands : Dortmund et le Bayern. Et de l’autre côté de l’Atlantique, Ralf Rangnick peut regarder avec une grande fierté ce qui se joue Outre-Rhin.

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