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Ralf Rangnick : Vielen Dank (1/2)

par | Jan 28, 2020 | 0 commentaires

Actuellement en charge du développement du Red Bull Football Project, il n’est sans doute pas l’homme le plus connu du football allemand, mais ce n’en est pas moins l’un des plus importants. Hautement reconnu dans son pays, Ralf Rangnick est un homme de projet, un bâtisseur comme le football n’en produit plus beaucoup aujourd’hui ; un entraîneur à part entière, qui voit le football par le prisme du hard work et du développement individuel. Si le football allemand brille actuellement, on peut considérer qu’il le doit énormément à Ralf Rangnick. Football de transition, agressivité, audace et intensité, étaient et sont des idées de l’ancien entraîneur, qui font le football allemand actuellement.

L’ère d’une révolution

On connaît aujourd’hui la Bundesliga comme un des championnats les plus spectaculaires, où l’innovation tactique et la prise de risque sont des constantes. Cependant, cela n’a pas toujours été le cas. Dans les années 90, l’Allemagne connaît un apogée en termes de résultats avec des joueurs phares tels que Lothar Matthaüs, Rudi Völler ou encore Jürgen Klinsmann : champion du monde en 1990, et champion d’Europe en 1996. Davantage marquée par une génération de footballeurs de grande qualité, l’innovation tactique ne semble pas être le leitmotiv Outre-Rhin. Marquage individuel, et utilisation du libéro via une défense à 3 sont les grands principes et paraissent comme dépassés. Preuve en est, après ces deux grandes réussites, l’Allemagne enchaîne deux échecs conséquents sur les compétitions internationales de 1998 et 2000.

Un innovateur

Ralf Rangnick, ancien joueur amateur, arrive alors en tant qu’entraîneur/formateur dans une période où il est nécessaire de transformer le modèle du football allemand. Même si Felix Magath, ancien entraîneur du Bayern Munich ou du Hambourg SV, considère que « la tactique est faite pour les joueurs de piètre qualité », il semble pourtant qu’il faille passer par là pour espérer un meilleur futur. Grandement inspiré par un match amical joué en 1983, avec son équipe de Backnang, contre le grand Dynamo Kiev de Valeri Lobanovksi, RR estime qu’il a vécu ce jour-là « his football epiphany ». Une façon de dire qu’il a vu la lumière, impressionné par l’activité et l’intensité produites tout au long du match par les joueurs ukrainiens, qu’il pensait bien plus nombreux sur le terrain.

Ses influences sont nombreuses et ne sont pas des moindres : Valeri Lobanovski et Arrigo Sacchi (tous deux cités comme « entraîneurs révolutionnaires » dans le livre du même nom écrit par Raphaël Cosmidis, Julien Momont et Christophe Kuchly) ou encore Helmut Groß, grand théoricien tactique allemand, qui a introduit le Ballorientierte Raumdeckung, système basé sur deux de ses futurs fondements : le marquage en zone et le pressing intense. De fait, si Ralf Rangnick a totalement bouleversé le football allemand par l’utilisation d’une ligne de 4 défenseurs (au temps des défenses à 3 ou 5 avec l’utilisation d’un libéro), c’est aussi parce qu’il voit le football comme un « transition game ». Trois grands principes étroitement liés régissent sa vision tactique :

  • Le marquage en zone, considérée comme une quasi-constante dans le football moderne (sauf peut-être pour Marcelo Bielsa, encore grandement attaché au marquage individuel), introduit en majeure partie par Arrigo Sacchi et son grand Milan AC. Il permet aux joueurs une plus grande liberté dans leurs déplacements et une gestion de l’espace plus pertinente.
  • Le pressing intensif, ou « Gegenpressing », notion introduite par Jürgen Klopp, mais dont les fondements sont bien moins récents. En français, on traduirait cela par « contre-pressing ». En langage footballistique, c’est l’agressivité, l’intensité engagées par les joueurs afin de presser l’adversaire dès la perte du ballon, pour pouvoir profiter du moment de flottement engendré par la construction d’une attaque par l’adversaire. S’il est aussi utilisé aujourd’hui, c’est bien parce que la vulnérabilité d’une équipe est exacerbée à ce moment précis.
  • L’utilisation du ballon est le dernier des grands principes de Ralf Rangnick, et au contraire du football de Cruyff, il privilégie un jeu direct, rapide et une projection vers l’avant immédiate. A l’image d’un football moderne allemand très investie à rechercher la vitesse des transmissions et des déplacements.

Ces trois véritables concepts fondent alors une réelle influence sur le football de son pays ; d’autant plus que le parcours de l’entraîneur détonne et fait de lui un des entraîneurs les plus respectés d’Allemagne.

Un entraîneur, un formateur respecté

Ancien entraîneur du VfB Stuttgart, de Hannover 96, de Schalke 04, mais aussi des 2 jeunes clubs allemands que sont le TSG Hoffenheim et le RB Leipzig, Ralf Rangnick est un entraîneur fiable, respecté et grandement reconnu pour son influence sur le football allemand (comme vu précédemment) et son attachement pour les « grands chantiers ». Souvent qualifié d’entraîneur à projet qui a besoin de temps, RR va obtenir ses meilleurs résultats dans ses deux derniers clubs.

C’est en 2006 (après des passages dans les clubs précités), que sa carrière bondit véritablement puisqu’il est nommé par la direction d’Hoffenheim à la tête du club, alors en 3ème division. On aurait pu voir cela comme une hérésie, mais RR va y implanter sa vision et son expertise pour faire monter le club au sein de l’élite allemande (qu’il n’a encore jamais connu en plus de cent ans d’histoire) et l’installer durablement en Bundesliga. Le club lui accorde une grande confiance, et en plus d’un style de jeu marqué, il sait s’entourer des bonnes personnes, d’un staff de qualité, constitué grâce à un réseau peaufiné depuis le début de sa carrière de manager. Le TSG Hoffenheim se veut donc davantage ambitieux et entame un processus de rajeunissement de son effectif ; pari qui doit permettre au club de monter les échelons. Au cours de ses 5 années au club, des joueurs tels que Demba Ba, Carlos Eduardo, Luiz Gustavo, Roberto Firmino, Kevin Volland, Ryan Babel ou encore Gylfi Sigurdsson, y passent, grâce à des investissements modérées, grâce à une stratégie de recrutement cohérente. Efficace aussi puisqu’en 2 ans, le club monte en Bundesliga, et parvient même à être champion d’Automne en fin d’année 2008, pour sa première dans l’élite. Il quitte le club en 2011, laissant un bel héritage et une vraie identité. Preuve en est, le club fait partie des cadors du championnat actuellement et, à travers Julian Nagelsmann ou Alfred Schreuder (actuel entraîneur du club), collectionne les entraîneurs de grande qualité.

Après avoir quitté Hoffenheim en 2011 et après un court passage, pour la deuxième fois, à Schalke 04, il est contacté en 2012 par Dietrich Mateschitz. Propriétaire de Red Bull, ce dernier vient à lui pour tenter de faire davantage rayonner le Red Bull Football Project. Sa carrière va alors prendre une toute autre dimension, et au-delà de servir d’entraîneur d’appoint, il s’avère être l’homme clé d’un projet, détesté par la football fan base.

Un homme, un héritage et un projet à bâtir

Jürgen Klopp, Ralph Hasenhüttl, Julian Nagelsmann ou encore Thomas Tuchel ont été éduqué par le bâtisseur du Bade-Wurtemberg, la région natale de Rangnick, et en sont de fins « disciples ». Les réduire à une telle métaphore peut sembler réducteur, mais elle est surtout là pour mettre en valeur le travail d’un homme qui, au-delà de son travail d’entraîneur, a profondément transformé le football allemand. Il est un acharné, un perfectionniste, pas uniquement sur le volet tactique, mais aussi un admirateur des grands projets. En 2012, il poursuite sa route vers l’un de ses plus grands défis : faire du « Red Bull Football Project » le football de demain.

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